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Nus ou chaussés, tous les pieds conservent la même sensibilité

Des enfants aux Philippines | Francis Malasig -EPA/Keystone

Si certains de nos ancêtres se protégeaient déjà les pieds il y a quarante mille ans, de nombreux humains se déplacent toujours —et courent— les pieds nus, protégés par une peau dure et épaisse, fruit d’un long héritage évolutif. En prenant l’habitude de chausser des souliers, avons-nous gagné ou perdu en sensibilité?

Pourquoi on vous en parle. Le pied transmet de nombreuses informations tactiles au cerveau qui lui permettent d’adapter la posture et la démarche aux conditions du sol. Elles alertent aussi quand ce dernier présente un risque.

On doit l’initiative de ces travaux publiés par Nature à un biologiste de l’évolution réputé, Daniel Lieberman, de l’université Harvard. Il s’est mis à la course pieds nus après avoir travaillé en 2010 sur les conséquences physiologiques —liées au contact brutal avec le sol— de cette activité. «Je me suis rendu compte que ma sensibilité n’avait pas changé, en dépit de la corne, et j’ai cherché à en savoir plus.»

Ce que montre l’étude. Les personnes qui marchent pieds-nus ont une peau 30% plus épaisse et 30% plus dure que les porteurs réguliers de chaussures. Et la sensibilité du pied nu n’est pas réduite par cette corne, souligne Daniel Lieberman:

«Les gens qui marchent pieds-nus savent depuis longtemps que leurs pieds sont très sensibles. Mais pour nous, qui marchons avec les pieds protégés, c’est une vraie surprise. On aurait pu penser que la corne gêne la transmission des informations tactiles.»

En revanche, avec une semelle rembourrée, comme celles des chaussures de sport, la sensibilité est diminuée. Des semelles fines et dures, comme des sandales, se comportent comme la corne, sans empêcher la transmission des stimuli, constatent les scientifiques.

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Au Kenya, analyse de la marche | Daniel Lieberman

Comment les chercheurs ont-ils procédé? Ils se sont rendus dans l’ouest du Kenya, pour scruter les pieds de 81 personnes qui vivent en milieu rural ou urbain, et qui portent souvent, rarement ou jamais, des chaussures. Après avoir mesuré l’épaisseur et la dureté de la peau en plusieurs endroits du pied, ils ont chatouillé la plante avec des vibrations plus ou moins rapides —représentatives de celles provoquées par la marche—, et plus ou moins intenses, et mesuré les réactions avec des capteurs.

Dans un second temps, les biologistes ont collecté des données sur 22 personnes de la région de Boston, dont certaines marchent le plus souvent pieds-nus.

Faut-il abandonner ses chaussures? «Peut-être pas», répond Kristiaan d’Août, de l’Université de Liverpool, dans un commentaire publié par Nature:

«Les chaussures peuvent aider les gens, notamment quand ils ont des problèmes de pied. Elles peuvent améliorer la performance des coureurs. La vraie question est: quel type de chaussures devons-nous porter?»

Pour Daniel Lieberman, il faut persévérer dans ces recherches, notamment pour déterminer quel type de chaussure pourrait aider les personnes âgées qui ont du mal à marcher, et leur éviter les chutes.

«Nous n’abandonnerons probablement pas nos chaussures. Mais n’ayons pas peur d’être pieds nus!*»

(*) en français dans le texte

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Lire l'article dans Nature (EN)

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