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Des nanosatellites suisses pour la distribution de vaccins dans les zones reculées

Astrocast

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Si et quand il y aura un vaccin contre le coronavirus, il faudra encore le distribuer. Aux questions de savoir si certains pays s’en réserveront les premières doses et si les populations accepteront massivement de recevoir l’injection s’ajoutent celles de la logistique pour la distribution. Pour demeurer efficace, un vaccin doit être réfrigéré durant son transport. Savoir si la chaine du froid n’a pas été interrompue, en particulier dans des pays en voie de développement, reste un défi.

A Renens, une start-up vaudoise travaille sur une solution. Astrocast est le premier opérateur suisse d’une constellation de satellites à basse altitude. Comme Starlink d’Elon Musk mais avec des débits beaucoup plus petits et un maillage plus modeste de 80 satellites. «Nous n’avons pas toute la solution, m’explique son fondateur Fabien Jordan. Mais nous pourrons récolter dans n’importe quel endroit du monde les informations de températures qui seraient récoltées par des capteurs sur les emballages des vaccins.»

Comment? Avec un ensemble de technologies baptisées Internet des objets. En substance, cela consiste à ajouter des capteurs communicants à toutes sortes d’objets. Ces appareils connectés reçoivent une adresse internet unique. Equipés de capteurs, de processeurs et d’une antenne, ils collectent des informations sur leur environnement, les évaluent et les transmettent. Cela va donc beaucoup plus loin que le frigidaire qui vous indique qu’il n’y a plus de lait ou les voitures autonomes. Les applications sont infinies: des montres ou vêtements qui renseignent sur l’état de santé aux capteurs d’humidité dans les champs pour déclencher l’arrosage en passant par les détecteurs de crues, d’incendies par le suivi de marchandises ou de véhicules...

Cette collecte de données est un enjeu important pour l’industrie des télécommunications. Il ne sert à rien d’utiliser l’immense bande passante de la 5G destinée au streaming de vidéos pour envoyer un relevé de température toutes les heures ou les quelques octets que représentent la position d’un objet. Des réseaux dédiés dont vous n’avez probablement jamais entendu parler comme LoRa et SigFox ont été créés spécialement pour cet Internet des objets.

Ils couvrent des cellules plus grandes que celles de la téléphonie mobile et ils sont beaucoup moins chers à opérer, entre autres parce qu’ils consomment très peu d’énergie. Leur déploiement dans les zones peuplées va bon train mais il n’y a pour l'instant aucune raison de les étendre sur les plus de 90% de surface rurale ou maritime peu ou pas habitées de la planète.

Connecter ces surfaces non connectées, c’est la raison d’être d’Astrocast. Issus du Swiss Space Center de l’EPFL, ses fondateurs avaient participé à l’aventure du premier satellite suisse SwissCube en 2009. Ils ont créé l’entreprise en 2014 pour développer d’autres nanosatellites ainsi que des modules électroniques à basse consommation, des protocoles de communication et d’encryption des données pour offrir un service clef en main à des clients dont les objets connectés sont particulièrement dispersés: bouées dans les océans, bétail dans les montagnes de Nouvelle Zélande et vaccins donc…

Astrocast avait déjà développé une collaboration avec le CICR pour suivre des véhicules, des réservoirs d’eau, des médicaments et d’autres éléments logistiques déployés par la Croix Rouge dans les zones à risque. La start-up discute actuellement avec des partenaires dans la distribution de vaccins non seulement contre le coronavirus mais pour d’autres maladies. L’entreprise a déjà placé deux satellites de démonstration en orbite et prévoit cinq lancements à la fin de l’année.

Même si elle vise 80 satellites, elle pourra déjà opérer commercialement avec sept. Chacun est, en effet capable de recueillir à chaque survol de zones grandes comme la France les données émises par des centaines d’objets connectés à chaque seconde. Le maillage plus étroit permettra simplement d’augmenter le nombre d’objets connectés et de diminuer la latence entre les différentes récoltes de données.

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