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Vaccin : le coup du 22 octobre

Fabrice Delaye

Il n’y a pas que la nomination d’une juge à la Cour Suprême pour remplacer Ruth Bader Ginsburg qui agite la campagne présidentielle américaine. Le 15 août dernier, je vous disais que le vaccin contre le Covid-19 pouvait sauver Donald Trump. Désormais, il n'est plus question que de la date de cette annonce.

Confronté à un bilan de plus de 200’000 morts de la pandémie, Donald Trump, devancé dans les sondages par Joe Biden, ne cesse de répéter que ce vaccin sera prêt en octobre. C’est-à-dire avant l’élection du 3 novembre.

Cela déclenche évidemment des levées de boucliers de la part des communautés scientifique et médicale. Mais même si l’on peut douter que les sept essais cliniques en cours aux États-Unis, dont quatre sont dans la dernière phase, puissent livrer leurs résultats si tôt, l’approbation d’un vaccin par l’agence du médicament américaine (FDA) semble être un mécanisme aussi inévitable que subtil.

De fait, en dépit de la résistance des scientifiques, la probabilité de cette annonce du vaccin américain ne cesse d’augmenter. On a même une date potentielle: le 22 octobre, jour d’une réunion exceptionnelle sur la question des vaccins annoncé officiellement par la FDA. Une date déterminante, deux semaines avant le scrutin. Et une date que le calendrier de ces derniers jours semble annoncer.

Reprenons: début septembre, déclarations répétées de Trump que le vaccin est pour octobre. Parallèlement, la principale agence fédérale de santé publique (CDC) a envoyé une lettre aux gouverneurs des États pour leur demander de préparer la distribution du vaccin à partir du 1er novembre. Sélectionné à la place de l’armée, qui se contentera d’un support logistique, McKesson, plus gros distributeur de produits médicaux du pays, a commencé de construire des centres dédiés. Suivent en rafale:

  • un communiqué des entreprises pharmas qu’elles ne transigeront pas sur la qualité des données,
  • des menaces de Trump de faire baisser le prix des médicaments (et donc les marges des pharmas),
  • la publication exceptionnelle des protocoles des essais cliniques qui suggèrent, dans le cas de Pfizer, une possibilité de résultats en octobre (lire mon article Comment Pfizer est devenu le favori dans la course aux vaccins),
  • un mémo du ministre de la santé interdisant à la FDA de changer ses règles sans son aval,
  • la suggestion par la FDA d’allonger la durée d’observation des patients dans les essais cliniques de deux mois
  • un arbitrage probablement négatif de la Maison Blanche qui refuse de changer les règles à la dernière minute.

Nous sommes au cœur d’une bataille entre la rigueur scientifique et la campagne d’un président. Car il est évident que le vaccin ne sera pas vraiment prêt fin octobre. Même si les doses sont déjà préfabriquées, il n’y en aura pas assez pour tout le monde, au début. Donald Trump peut néanmoins tordre le bras de la FDA pour obtenir, sous couvert d’urgence, son coup médiatique. Le personnage a maintes fois montré qu’à défaut d’être compétent, il sait parfaitement manipuler les symboles, lesquels pèsent lourd en politique.

Ce coup du 22 octobre suffira-t-il pour que Trump reprenne l’avantage? Pour gagner, il est prêt à prendre tous les risques. Y compris celui de ruiner la réputation des autorités sanitaires américaines si le vaccin se révèle problématique plus tard. Y compris celui de risquer la vie de certains de ses compatriotes. Y compris celui de créer un faux sentiment de sécurité qui accélèrera l’épidémie si le vaccin n’est pas efficace. Y compris celui de ruiner les espoirs d’autres vaccins moins avancés mais peut-être plus prometteurs, avec des essais qui ne trouveront plus assez de volontaires puisqu’il y aura «déjà» un vaccin.

L’histoire des campagnes de vaccination du passé, que nous vous invitons à lire dans nos pages, augurent bien mal des résultats de cette politisation extrême du vaccin.

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