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Spiderman nous explique: comment un virus se transmet de l’animal à l’Homme?

Comme celle du nouveau coronavirus, bon nombre de maladies contagieuses dont nous sommes victimes nous ont été transmises par les animaux. Mais comment? Spiderman (et Franck Prugnolle de l’Institut de recherche pour le développement de Montpellier) nous l’expliquent dans cet épisode un peu spécial de PopScience, l’émission de Heidi.news qui utilise le meilleur de la pop culture pour expliquer les bases des plus fascinants (mais parfois très complexes) concepts de la science.

Le passage d’une maladie de l’animal vers l’homme s’appelle la zoonose. Pour que cette zoonose ait lieu, il faut qu’un homme soit en contact avec des fluides d’animaux contaminés (du sang, des urines, des excréments). Cela survient par exemple lors de la chasse. Mais la transmission peut aussi se faire via un animal vecteur, un genre d’intermédiaire, notamment les insectes hématophages (mangeurs de sang). Ainsi, la peste est transmise par les puces, la maladie de Lyme, par les tiques, la malaria, par les moustiques.

Dans le cas du Sars CoV-2 (qui donne la maladie appelée Covid-19), on pense qu’une chauve-souris insectivore en était porteuse, puis qu’elle a peut-être infecté un pangolin, ce drôle d’animal couvert d’écailles. Ce pangolin se serait ensuite retrouvé dans le marché de Wuhan, où il a été manipulé par un humain…

Les virus ne peuvent survivre seul, ils ont tous besoin d’utiliser la «machinerie» d’une espèce hôte, ils cherchent donc toujours à infecter de nouvelles espèces. Mais comment un virus, spécifique à une espèce, peut-il parvenir à en infecter une autre, aux caractéristiques différentes?

Pour pénétrer dans un organisme, un virus va tâcher de «se coller» à certaines de ses cellules. Pour ce faire, le virus va s’attacher aux dites cellules, plus précisément à ses protéines (ces molécules qui organisent à tous les niveaux la vie de la cellule), un peu comme une clé spécifique ouvrirait une serrure spécifique.

Certains virus, dits généralistes, possèdent une sorte de clé universelle, un multipasse qui leur permet d’infecter un grand nombre d’espèces différentes. Mais la plupart des virus n’ont pas cette propriété, ils sont doté d’une clé particulière. En revanche, cette clé peut être modifiée au gré des mutations que subissent les virus. Les mutations sont des erreurs qui surviennent dans l’ADN (ce livre de recettes qui dicte le fonctionnement d’un organisme).

On pense que le SARS-Cov-2 a muté une première fois, ce qui lui a sans doute permis de passer de la chauve-souris au pangolin. A la faveur d’une seconde mutation, il est passé du pangolin à l’homme. Attention, ce ne sont là que des hypothèses, l’origine de ce virus est encore assez mal connue aujourd’hui.

Ce que l’on peut d’ores et déjà dire avec certitude, c’est que nos modes de vie favorisent ces zoonoses, et donc l’émergence de nouvelles maladies. Dans les marchés dits “humides”, comme celui de Wuhan, des espèces sauvages qui ne cohabitent pas ensemble habituellement dans la nature se voient regroupées, et vendues pour être mangées. Certes, les conditions sanitaires de ces marchés sont très discutables, mais la viande d’animaux sauvages, appelée «viande de  brousse» nourrit aujourd’hui des millions de gens, dont beaucoup sont pauvres. Les occidentaux sont tout aussi responsables de ces zoonoses. En effet, les demandes croissantes pour des denrées naturelles (céréales, huiles de palme, bois…) poussent à la déforestation. Dans des zones particulièrement riches en biodiversité (principalement sous les tropiques), des routes, des fermes, des champs, sont installés au beau milieu de ce qui était auparavant la nature sauvage. Là-bas, des espèces sauvages, comme les chauve-souris, se retrouvent donc tout près des hommes, qui aujourd’hui se regroupent par millions dans des mégapoles et voyagent d’un bout à l’autre de la planète en seulement quelques heures. Pour les virus, qui cherchent à se propager le plus amplement possible, l’homme est donc un hôte de choix.

Pour aller plus loin :

«Comment naissent les épidémies», podcast de François Renaud, directeur de recherche CNRS au laboratoire Maladies Infectieuses et Vecteurs.

Comment des chercheurs suisses étudient les parasites qu’abritent les chauves-souris.

Article sur les chauve-souris, source inépuisable de virus, par Éric Leroy Directeur de recherche, virologue, spécialiste des zoonoses virales, Institut de recherche pour le développement (IRD).

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