Rive sud du Lac de Bienne. Photo: Serge Enderlin

Au doux pays de la poubelle de table

Les lecteurs de Heidi.news nous ont dit Bienne plutôt que Berne. Aussi y sommes-nous passés, en coup de vent. Nous avions hâte de tâter la partie germaine refoulée qui sommeille en nous.

Un signe ne trompe pas. Quand, au petit déjeuner, on l’aperçoit, entre les barquettes de beurre Emmi, dur comme du béton, et un capuccino quelque peu navrant, c’est que le Röstigraben a été passé. Elle, la mythique poubelle de table en plastique blanc, devenue hélas si rare en Suisse romande –surtout l’épouvantable version «Ovomaltine» avec laquelle nous avons tous grandi– mais synonyme pour l’éternité de propre en ordre helvétique. Nous sommes au Weisses Kreuz à Lyss, anonyme bourgade bernoise du Seeland qui a pour seul titre de gloire d’abriter une usine de biscuits Kambly. Il faut dire que, pas loin, se trouve la grande raffinerie de sucre d’Aarberg, qui transforme en cubes blanc les betteraves nationales fédéralement subventionnées. Le plateau, dans toute sa platitude. L’endroit nous a donc semblé tout indiqué pour y passer la nuit. D’abord nous n’y avions jamais mis les pieds. Ensuite, c’était à un jet de pierre de Bienne, où les lecteurs de Heidi.news, croyant sans doute bien faire, avaient eu l’idée de nous expédier.

Mais revenons au jour d’avant. Pluie battante au Locle, peu propice à la pratique du cyclisme, même assisté par électrons. Musée des Beaux-Arts du lieu, qui mérite bien plus qu’une halte pour attendre la fin d’un orage. Depuis quelques années, la conservatrice Nathalie Herschdorfer y monte des expositions pleines de curiosité, avec un œil acéré sur la photographie. Cet été, on peut par exemple y voir des tirages de photos parues dans «Variétés», une revue d’avant-garde belge publiée à Bruxelles entre mai 1928 et avril 1930. Vingt-cinq numéros et des signatures prestigieuses comme celles de Man Ray, Laszlo Moholy-Nagy, André Kertész ou encore Germaine Krull. Les caricatures «politiques» de Chappatte sont exposées à un autre étage, en regard de celles de Daumier, Steinlen et Vallotton un siècle auparavant. Il y est question censure contre la liberté de blâmer (sans laquelle il n’est point d’éloge flatteur, disait Beaumarchais). Le temps de se plonger dans ce corpus bien assemblé, le crachin a cessé.

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