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Quelles recettes pour relancer l’économie genevoise post-crise?

Vincent Subilia, Nicolas Tamari, Christophe Dunand, lors de la table ronde. Photo: Yann Popper

Quelles pistes pour relancer l’économie genevoise? A quoi ressemblera la ville une fois la transition économique et sociale réussie? Comment se préparer au mieux pour anticiper les potentiels flux migratoires des réfugiés climatiques ?

Telles étaient les interrogations des participants d’un dîner thématique organisé par GVA2 — association à but non lucratif et partenaire de Heidi.news — ainsi que la Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG), le 22 juin sur les défis posés par la pandémie de coronavirus et les solutions pour y remédier.

«Une politique de projets»

D’emblée, le thème de la résilience est abordé. Pour Vincent Subilia, directeur général de la CCIG et député PLR au Grand Conseil, la relance économique repose sur deux axes: la résilience, autrement dit, la capacité des entrepreneurs à absorber les chocs, et l’agilité qui permet d’être «plus forts ensemble». Le Vaudois d’origine, qui se décrit volontiers comme un «exilé en République», ajoute: «C’est par gros temps qu’on voit qui est à la barre et qui donne le cap». Pour ce faire, Vincent Subilia soutient une «politique de projets» pour sortir de l’urgence sanitaire et économique.

Miser sur l’innovation ouverte

Pour Christophe Dunand, directeur général de Réalise et co-fondateur de la Chambre de l’économie sociale et solidaire, la pandémie a révélé à quel point notre économie est fragile. L’ancien ingénieur prône une vision mutualiste, d’innovation ouverte pour «mettre en évidence ce qui fonctionne le mieux et faire évoluer les modèles d’entreprises». Et Thomas Maillart, président de l’association Open Geneva et membre de la faculté d'économie et management à l'Université de Genève, également présent, d’ajouter: «Résilience va de pair avec opportunités».

Il explique comment, dès le mois de juin, un processus collaboratif s’est mis en place dans le canton, réunissant entreprises, organisations internationales et monde académique. Le hackathon «Geneva Resilience Hack!» s’est tenu à Palexpo, là où ont habituellement lieu le Salon de l’Auto et le SIHH, afin d’imaginer et lancer 12 projets pour la résilience de l'économie genevoise, dont les événements du futur.

Avec Nicholas Niggli, secrétaire général adjoint au Département du développement économique, ils sont les initiateurs du Fonds d’innovation de crise et de résilience. Pour le chercheur et le haut-fonctionnaire, l’enjeu post-Covid est double: innover ensemble de manière ouverte et changer Genève de manière durable. «Comment, dans un monde complexe, incertain, ambigu et volatile, peut-on améliorer nos capacités à faire face et rebondir?» lance Nicholas Niggli. La sortie, selon lui, se fera forcément «par le haut» et il parie, pour ce faire, sur l’intelligence collective.

Christophe Dunand rappelle que l’enjeu réside dans la capacité à se projeter: «Pour la première fois, notre société a conscience de son inconfort. C’est là que les choses devraient bouger. Plus on attend, plus on prend des risques pour nos entreprises.»

Un enjeu de taille

Autre enjeu, même casse-tête: la digitalisation. Pour Nicolas Tamari, CEO de Sucafina, poids lourd de la place genevoise dans le négoce de café, la digitalisation est la «valeur ajoutée» de cette pandémie. Il cite en exemple la plateforme développée par Sucafina et la start-up Farmer Connect pour améliorer la traçabilité du café, basée sur la blockchain IBM Food Trust. Sucafina emploie un millier de personnes dans le monde, dont une cinquantaine à Genève. Le café représente 1% du PIB suisse.

Adam Said, CEO de ACE & Company et modérateur de la soirée, pose alors la question des géants du numérique (Google, Apple et autres Amazon), dont les valorisations ont atteint des sommets durant la pandémie: «Comment faire pour limiter l’emprise des GAFA alors qu’on ne peut pas vivre sans?». Longtemps décrites comme des «plateformes de services» par leurs dirigeants, elles sont devenues des “utilities” indispensables au bon fonctionnement d’une société. Désormais perçues comme sources de désinformation, scandale et manipulation, les entreprises de la Big Tech devraient aujourd’hui être régulées. Si les discussions sur une taxe GAFA piétinent au niveau européen, «la Suisse n’a pas à rougir de son bilan fiscal», précise Vincent Subilia. La frontière entre une entreprise «for profit» et «for purpose» est en train de s’estomper, rappelle Nicholas Niggli.  Pour le patron de la CCIG, Genève a la capacité de concilier les deux «P».

Vers une société durable

Une question demeure: peut-on toujours aller vers le compromis, si cher aux valeurs helvétiques?

Christophe Dunand estime que «les frontières écologiques sont non-négociables». Il poursuit: «Il ne faut pas se voiler la face : nos modes de production, nos modèles d’entreprise, doivent changer». Comment dès lors trouver un modèle économique raisonnable? La réponse, selon lui, se trouverait dans la diversité.

L’un des risques, en outre, posé par les crises est l’afflux de réfugiés, notamment climatiques. «Si nous étions forcés d’ accepter un plus grand nombre de personnes, que ferions-nous?» lance-t-il à l’assemblée.

Le débat n’a pas permis de répondre à toutes les questions. Il a néanmoins souligné les enjeux pour penser l’après-COVID, avec l’intelligence collective, la responsabilité sociale, durable et individuelle comme gages de succès pour l’économie genevoise. «Je suis suffisamment inquiet pour être mobilisé et suffisamment optimiste pour m’engager» conclut Christophe Dunand.

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