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Plus de temps et de moyens pour mieux soigner nos enfants

Malte Frenzel

Pour soigner les enfants et les adolescentes du pays, les hôpitaux pédiatriques ont besoin de moyens et de plus de temps. Le Dr. Malte Frenzel, directeur exécutif de l'Alliance des hôpitaux pédiatriques de Suisse (AllKidS), à Bâle, explique pourquoi la pédiatrie reste le parent pauvre du système de santé et comment on pourrait mieux soigner les plus fragiles de la société.

Les hôpitaux pédiatriques du pays sont insuffisamment financés depuis plusieurs années en Suisse. Pourtant, la qualité des soins pour nos enfants et adolescents est un bien précieux, et elle revêt aussi une énorme importance d'un point de vue économique. Le problème aigu des hôpitaux pédiatriques tient au financement structurellement insuffisant du secteur ambulatoire.

Entre équilibre et déficits. Alors que la situation dans le domaine stationnaire est moins tendue depuis quelques années et que les hôpitaux pédiatriques indépendants organisés au sein d’AllKidS (Bâle, St-Gall et Zurich) bénéficient cette année, pour la première fois, d'un financement couvrant leurs coûts, les hôpitaux enregistrent un lourd déficit dans le domaine ambulatoire.

Cela représente actuellement au moins 20 centimes pour un franc

Parmi les établissements pédiatriques, les hôpitaux AllKidS sont particulièrement exposés car leurs revenus reposent exclusivement sur le traitement des enfants et des adolescents. Les autres hôpitaux, dont la pédiatrie ne représente qu’une partie de l’activité globale, sont en mesure de couvrir les déficits de leurs cliniques pédiatriques grâce aux domaines financés de manière rentable. Mais, le problème de fond est le même, et il doit être résolu en urgence.

Pour un meilleur financement. L'espoir de trouver un meilleur équilibre financier entre l’ambulatoire et le stationnaire est né l'an dernier grâce aux politiciens qui ont empoigné le sujet, certes un peu technique. A l’initiative des hôpitaux pédiatriques des cantons de Bâle-Campagne, Bâle-Ville, Saint-Gall et Thurgovie, la motion «Pour un financement couvrant l'intégralité des coûts supportés par les hôpitaux pédiatriques pour des prestations efficaces» doit être discutée dès le 16 septembre au parlement. Il s’agit de définir des nouvelles structures tarifaires pour couvrir l’intégralité des coûts des hôpitaux pédiatriques.

Ce devrait être une formalité. Et c’est tant mieux. Corriger le financement structurellement insuffisant des hôpitaux pédiatriques est dans l’intérêt de l’Etat pour une simple et bonne raison:

L’insuffisance des soins prodigués aux enfants et aux adolescents entraîne des coûts élevés à l’âge adulte, et ce, dans toutes les branches de l’assurance sociale.

L’objectif des assureurs doit donc aussi être que la médecine des enfants et adolescents dispose de ressources suffisantes. La prise en compte des besoins des hôpitaux pédiatriques dans le cadre des nouvelles évolutions tarifaires est donc essentielle.

Donner du temps aussi. La situation tarifaire actuelle ne présage rien de bon surtout pour les jeunes patients atteints de maladies chroniques et graves. 95% des patients AllKidS sont traités en ambulatoire. Alors que les spécialistes de la médecine adulte exercent en général en cabinet privé, les pédiatres spécialisés opèrent, pour leur grande majorité, dans les hôpitaux AllKidS et les services pédiatriques des autres hôpitaux universitaires et centraux.

Le traitement de ces patients dépasse de loin les soins pédiatriques de base. Souvent, un grand nombre de spécialistes de la santé interviennent. Et ils ont besoin de davantage de temps pour s’occuper correctement des enfants et adolescents, car ces traitements sont bien plus complexes que ceux de routine. Sans compter les frais qu’ils occasionnent, car ils comportent l’accompagnement de l’environnement familial et social de ces patients.

Donner plus de temps pour de meilleurs soins aux enfants et adolescents est aussi devenu un sujet politique qui sera discuté demain à Berne. En espérant que la motion de Damian Müller soit soutenue par une majorité des parlementaires. Les futures générations le méritent.

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